SIAO34

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Gratuit

Note de lecture proposée par Joelle Mechulam, médecin coordinatrice, mission santé du Pôle Ressource, SIAO34

Rapport du Haut Conseil à l’Egalité entre les femmes et les hommes, n°2017-05-29-SAN-O27 publié le 29 mai 2017. https://www.haut-conseil-egalite.gouv.fr/rapport-la-sante-et-lacces-aux-soins-une-urgence-pour-les-femmes-en-situation-de-precarite

Autrices

  • Danielle BOUSQUET, Présidente du Haut Conseil à l’Egalité entre les femmes et les hommes.
  • Geneviève COURAUD et Gilles LAZIMI, rapporteur·e·s. Margaux COLLET, co-rapporteure.

Inégalités de sociales de santé au détriment des femmes

A.  L’amélioration de l’état de santé bénéficie moins aux plus précaires et aux femmes

« La France et les pays de niveau socio-économique équivalent ont connu une importante amélioration de l’état de santé de leur population (allongement de l’espérance de vie, recul de la mortalité infantile…). (…) Pourtant les progrès accomplis ne profitent pas à toutes et à tous et les inégalités sociales de santé perdurent. Celles-ci ont été peu abordées dans une perspective de genre, c’est-à-dire avec une analyse de l’impact différencié selon le sexe des déterminants sociaux et des politiques publiques. (…) Les spécificités de certaines pathologies et les obstacles dans l’accès aux soins des femmes précaires sont encore peu étudiés ».

B.   Les femmes constituent aujourd’hui la majorité des personnes en situation de précarité

Quels que soient les critères retenus, ce sont les femmes qui sont les plus en précarité :

  • « Revenus: les femmes représentent 53% des personnes pauvres et 57% des bénéficiaires du revenu social d’activité.
  • Conditions de travail et type d’emploi: elles constituent 70% des travailleurs pauvres, occupent 82% des emplois à temps partiel et 62% des emplois non qualifiés.
  • Situation familiale: les femmes représentent 85% des chefs de famille monoparentale et 1/3 des familles monoparentales vit sous le seuil de pauvreté. »

Méthodologie de l’étude : une approche intersectionnelle pour analyser les effets conjugués de la classe sociale, du genre et de l’origine

« Afin d’analyser les effets combinés de la précarité et du sexe sur la santé et l’accès aux soins des femmes en situation de précarité, le Haut Conseil à l’Egalité a adopté une approche intersectionnelle qui permet d’analyser comment certaines situations sont la conséquence de systèmes d’oppressions multiples (par exemple la classe sociale, le sexe ou l’origine) et ne peuvent être comprises isolément. Selon la définition retenue par le HCE, « cette approche des discriminations ne vise pas à additionner plusieurs critères de discriminations mais bien d’en analyser les effets conjugués, tant dans leur processus que dans leurs effets. Les personnes concernées peuvent ainsi subir des formes multiples ou aggravées de discrimination ». »

Des inégalités de santé renforcées pour les femmes en situation de précarité

A.  Des inégalités marquées dans toutes les thématiques, qu’elles concernent la population générale ou spécifiquement les femmes

Quelle que soient les thématiques, les femmes en situation de précarité connaissent des inégalités de santé : maladies professionnelles, accidents de travail, troubles psychologiques, recours à la prévention (suivi médical, dépistage), grossesses à risque, mortalité, exposition aux maladies cérébro-cardiovasculaires…

« Les problématiques en santé et dans l’accès aux soins des femmes en situation de précarité tiennent à la fois des inégalités sociales en santé et des spécificités liées au genre »

  • « Depuis 15 ans, les maladies professionnelles, les accidents de travail et de trajet sont en forte augmentation chez les femmes, en particulier dans les secteurs à forte précarité : notamment celui de la santé, du nettoyage et du travail temporaire (les accidents de travail ont augmenté de 81% et les accidents de trajet de 43% depuis 2001).
  • Les femmes, en général, sont plus exposées que les hommes aux troubles psychologiques et ces troubles sont renforcés dans le cas des femmes en situation de précarité : à un même niveau de précarité (quintile 5 du score EPICES), le pourcentage de syndromes anxio-dépressifs est de 41.7% chez les femmes et de 34, 4% chez les hommes.
  • Les femmes en situation de précarité ont un moindre suivi gynécologique : elles ont moins recours à une contraception (6.5% des ouvrières n’ont pas de contraception, contre 1.6% des femmes cadres), ont plus souvent des grossesses à risque et ont moins souvent recours aux dépistages du cancer du sein et du col de l’utérus que l’ensemble des femmes (31% des femmes vivant au sein d’un ménage aux revenus inférieurs à 2000 euros par mois n’ont pas réalisé de frottis dans les 3 dernières années, contre 19% pour les femmes appartenant à un ménage dont les revenus mensuels sont compris entre 2000 et 4000 euros).
  • La mortalité prématurée liée à des maladies cérébro-cardiovasculaires chez les ouvrières est en moyenne 3 fois supérieure à celle des cadres et professions intermédiaires, ce qui s’explique par des risques accrus liés aux conditions de vie (tabac, alcool, obésité, risques psycho-sociaux au travail), une prise en charge plus tardive chez les femmes en général (55% des accidents cardiaques sont fatals chez les femmes et 43% chez les hommes) et un moindre dépistage chez les précaires. »

B.   Parce qu’elles traversent une situation de précarité, ces femmes connaissent une santé dégradée et un moindre accès aux soins

« Selon une étude de juin 2016, les femmes représentent 64% des personnes ayant reporté ou renoncé à des soins au cours des 12 derniers mois.

Le Conseil national des politiques de lutte contre la précarité fait le constat que la France est l’un des pays où les inégalités sociales de santé sont les plus fortes. Multifactorielles, elles relèvent à la fois :

  • Des conditions de travail des femmes précaires, pénibles, stressantes et les exposant à des risques psychosociaux, des maladies professionnelles, des accidents de travail et de trajet.
  • Du manque de moyens financiers, qui constitue la première cause de renoncement aux soins et a des conséquences directes sur l‘alimentation (plus faible en quantité, en qualité et en diversité), sur l’accès à un logement digne et à des activités sportives et culturelles.
  • De freins culturels et symboliques, qui éloignent les femmes en situation de précarité du système de soins. Elles recourent plus tardivement et plus difficilement aux professionnels de santé, parce qu’elles ont d’autres préoccupations à gérer au quotidien que leur santé et parce qu’elles ont plus de difficultés de compréhension et de connaissance du milieu médical. »

C.  Parce qu’elles sont des femmes, les femmes en situation de précarité subissent pleinement les conséquences du sexisme

  • « Dans leur quotidien: la prépondérance du sexisme continue à faire peser sur elles la charge mentale liée à l’organisation des charges domestiques et familiales, avec pour conséquences une moindre disponibilité pour les soins et la priorisation du soin à leurs enfants et leurs proches.
  • Dans leurs démarches de santé: l’androcentrisme de la médecine (en matière de recherches, diagnostics, protocoles de soins…) peut nier certaines spécificités des femmes, au détriment d’un dépistage et d’un traitement efficaces (cas notamment de certaines pathologies cérébro-cardiovasculaires). »

D.   Parce qu’elles sont des femmes, elles subissent également les violences de genre

« Ces violences ont un fort impact sur leur santé (santé physique, psychique, santé sexuelle et reproductive, aggravation des maladies chroniques).

Parce qu’elles sont des femmes en situation de précarité, elles sont plus exposées à des violences spécifiques (prostitution, violences et sexisme au travail, violences au sein du couple), sachant que la difficulté d’accès aux soins entrave la sortie des violences. »

Pour aller plus loin

Lire le rapport dans son intégralité, qui détaille chaque point et propose des recommandations articulées autour de 3 axes :

  • Mieux évaluer les risques et la pénibilité des postes majoritairement occupés par des femmes en situation de précarité
  • Adapter l’offre de soins et la prise en charge pour mieux répondre aux besoins des femmes en situation de précarité
  • Intégrer les spécificités des femmes en situation de précarité dans les politiques publiques existantes de réduction des inégalités sociales de santé.

https://www.haut-conseil-egalite.gouv.fr/rapport-la-sante-et-lacces-aux-soins-une-urgence-pour-les-femmes-en-situation-de-precarite

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